Madagascar : Tamatave, son peuple, ses plages et ses déchets

Article : Madagascar : Tamatave, son peuple, ses plages et ses déchets
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9 décembre 2020

Madagascar : Tamatave, son peuple, ses plages et ses déchets

Bienvenue à Tamatave, une ville portuaire, située sur la côte Est de Madagascar, bordée par de longs kilomètres de plages sur l’océan indien, qui s’étendent à perte de vue vers le sud ! Tamatave a une superficie de 20 km carrés, où vivent 400.000 habitants. Ses plages sont malheureusement le théâtre de scènes honteuses et dérangeantes : l’éparpillement des ordures et la défécation en plein air. Les acteurs de ce triste spectacle sont les habitants des quartiers riverains.

Récit : à l’heure de sortir les déchets

Très tôt le matin, quand la pénombre domine encore, à l’ heure où on ne peut discerner qui est qui et qui fait quoi, à heure où règne le silence et où l’on entend que le son du déferlements des vagues (qui laissera bientôt place aux chants quinteux émanant de la mosquée du quartier, et qui réveillent les dormeurs aux oreilles sensibles), mon cousin et moi nous réveillons. Nul besoin de regarder une montre pour savoir l’heure qu’il est, la lumière de l’aurore suffit…

On se prépare pour sortir les ordures, elles sont stockées dans des sacs de riz usagés et, ce matin, la cours en est presque pleine, il faut donc les sortir. On se met à la tâche tout de suite, comme pour mieux s’en débarrasser, sans la moindre goutte d’eau d’une douche, sans avoir touché à la moindre brosse à dents… Nous nous mettons au boulot et, avec nos sacs de déchets, nous parcourons un petit trajet d’une centaine de mètres en direction de la mer. Nous portons ces sacs et nous déplaçons à la hâte.

En nous rapprochant de la plage, on sent la fraîcheur du vent nous caresser doucement le visage, à cela s’ajoute le son grandissant du déferlement des vagues, mais sans que l’on puisse contempler la moindre étendue d’eau. On ne voit pas les vagues, on ne voit pas la mer. A la place, on aperçoit au loin une voussure assez importante, de presque 5 mètres de hauteur, au bout de notre chemin. En nous rapprochant, les ombres s’effacent peu à peu et révèlent la nature de ce bombement de terrain : une montagne de déchets.

Mon cousin et moi montons dessus avec nos sacs. Une fois arrivés au sommet, on déverse leurs contenus, puis on contemple la mer. Aux abords de cette montagne de déchets, la plage sert d’aire de défécation pour toute une communauté. Les habitants des quartiers proches défèquent ici, assis de part et d’autre de la plage.

Un peu plus loin, de chaque côté de l’endroit où nous nous tenons, on peut apercevoir d’autres montages de déchets tout aussi importantes, imposantes ! Des décharges à ciel ouverts pour les foyers avoisinants.

Le paradoxe des toilettes publiques

Lors de notre second déchargement, le soleil avait eu le temps de se lever, faisant progressivement fuir les occupants de la plage. Pendant que nous transportions les sacs de déchets, j’avais remarqué un établissement ouvert juste à côté, j’ai donc décidé d’aller voir de quoi il s’agissait.

Arrivé devant l’établissement, c’est avec grande surprise que je lus : « Bloc Douche – WC  » sur un panneau au-dessus de la porte. Il y avait donc un établissement de toilettes publiques et de douches là où les riverains déféquaient en plein air ! Le tarif était indiqué : 100 ariary pour les WC et 200 ariary pour une douche. La responsable des lieux m’interpella pour savoir si voulais l’un ou l’autre, je répondis que non, tout en la remerciant.

Une sale habitude

Je restais sidéré de trouver des toilettes publiques sur le trajet d’une aire de défécation ! En fait, cet établissement font partie d’un lot d’établissements de toilettes publiques qui bordent toutes les plages des quartiers en proie au fléau de la défécation à l’aire libre. Elles ont été créées en 2011 par une société minière qui oeuvre dans la région.

C’était visiblement un échec. Comment comprendre la persistance du problème de la défécation en plein air ? Plusieurs raisons expliquent cela, les dimensions sont à la fois culturelles et économiques.

D’abord, il faut savoir qu’à Madagascar, certaines ethnies ont pour « fady » (interdit) la conservation des saletés dans leur domaine, d’où le fait de ne pas fabriquer de latrines. Il y a également une dimension socio-économique et psychologique.

Le problème des toilettes publiques, c’est qu’elle sont publiques et donc payantes. Bien que le prix ne soit pas trop élevé, elles ne sont pas gratuites, et pour les plus défavorisés cela représente toujours quelque chose. A titre de comparaison, aller 2 fois par jour à la selle peut équivaloir à assez d’huile en vrac pour cuire son repas, à une à deux tomates, à une tige de cigarette. Donc ce n’est pas beaucoup, mais ce n’est pas rien non plus. Et il y en a qui qui refuseront toujours de payer pour déféquer, tout simplement.

Pour ce qui est des déchets, le problème réside surtout dans la quasi-absence des bacs à ordures sur les routes secondaires. Les bacs à ordures sont surtout localisés dans les marchés municipaux, soit à un kilomètre de certaines localités comme Canada ou Analankininina. Ces quartiers sont donc livrés à eux-mêmes pour le ramassage des déchets. Et, ne voulant pas voir leurs domaines inondés de déchets, les populations choisissent la facilité en les déchargent sur la plage. Rien n’est fait pour changer cette triste situation, les autorités restent spectatrices de ce phénomène et n’interviennent pas, ni ne proposent de solutions…

C’est donc ainsi sur les littoraux du Sud de Tamatave. Sur la belle île de Madagascar, la pollution persiste, on ne voit plus la mer, et rien ne change.

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